analyse
Lettre ouverte de Christian Sarrot, Secrétaire Général du SNEC : «Restez chez vous»
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"Liberté, Egalité, Fraternité", les fondamentaux de la Nation Française seraient-ils sérieusement ébranlés ? Quelle "Liberté" a le chef d’entreprise pour sauvegarder son activité ? Quelle "Egalité" avons-nous, chacun d’entre nous, face au Covid-19, qualifié «d’ennemi de l’humanité» par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) ? Quelle ˮFraternitéˮ envisageons-nous ?

Nous pourrions, si nous en avions le loisir, nous poser bien d’autres questions mais aujourd’hui, en ce vendredi 20 mars 2020, plus de 200.000 cas de coronavirus sont recensés dans le monde, dont près de 9.000 morts, et en France une hausse supérieure à 50 % du nombre de décès, en 24 heures, est à déplorer.

La mobilisation de la communauté nationale permettra-t-elle de casser la cinétique de l’épidémie, dont parmi les cas les plus graves la moitié sont âgés de "moins de 60 ans" ? s’interroge le Professeur Jérôme Salomon ; qu’au même moment, la prolongation de la durée du confinement, initialement prévue jusqu’au 31 mars, sera très vraisemblablement nécessaire pour une possible inversion de la courbe fin-mai/mi-juin, selon Geneviève Chêne, directrice générale de l’agence sanitaire Santé publique France. 

Et dans la cuisine, me direz-vous ! Un exemple diffusé par mail chez un cuisiniste :

«Situation COVID-19 : au vu des récentes évolutions de la situation sanitaire du pays et en conformité avec les consignes du gouvernement, le magasin ne sera pas en entrée libre jusqu’au rétablissement de la situation. En revanche je reste joignable et disponible sur RDV, les poses, SAV et prises de cotes sont par ailleurs assurés normalement».

C’est une réalité : nos professionnels réfléchissent à "comment se sortir de cette crise sanitaire dont personne ne connait la fin" quitte à détourner les lois de confinement en vigueur ! Par la porte de derrière, l’arrière-boutique, le magasin reste ouvert. Les commerciaux sur place continuent les ventes, par crainte de voir baisser leurs commissions, en proposant des cuisines sur stock avec remises, signature de bons de commandes, demande d’acomptes et relevés de métrés à discrétion. Certains patrons s’interrogent sur le chômage partiel «à quoi bon payer des salariés chez eux» ; comment faire de la vente à domicile ; comment poser une cuisine avec une attestation "officielle" mentionnant la visite d’un parent grabataire… La liste n’est pas exhaustive ! 

Tout comme aujourd’hui, le Gouvernement jusqu’à certains Préfets, semble se livrer à une interprétation toute autre, la Task Force Economie, totalement incohérente avec les consignes strictes du Comité Scientifique. Comment comprendre que le chef de l’Etat appelle à «la responsabilité civique des entreprises pour poursuivre leur activité si les circonstances le permettent (accord du maître d’ouvrage, accord des salariés…) en respectant "strictement" les consignes sanitaires données par le gouvernement».

Comment comprendre qu’Amazon, le géant du commerce en ligne, recrute 100.000 nouveaux postes aux Etats-Unis dans les centres de distribution et son réseau de livraison avec une augmentation de 2 dollars comme 2 euros par heure en France et dans de nombreux pays de l’Union Européenne, au moment où de nombreux salariés de l’entreprise exercent leur droit de retrait en faisant valoir le "danger grave et imminent" auquel ils sont exposés, faute, disent-ils, de pouvoir respecter les règles de sécurité sanitaire. Une vie à 2 euros !

Dans le même temps, plusieurs élus du nord de l’Italie, où la contagion progresse encore fortement, estiment que si elle ne ralentit pas dans les prochains jours, il faudra prévoir des mesures encore plus rigides, comme l’interdiction de faire du jogging, que le traçage des déplacements des individus à travers leur téléphone mobile “est une excellente solution” pour faire respecter le confinement, tout en observant, ironie oblige, une diminution drastique de la pollution de l’air ! 

Le coronavirus ne va pas être simplement une crise sanitaire et économique. Il va être une épreuve morale pour chacun d’entre nous. Notre position doit être claire :

  • En appeler à la responsabilité de chacun, en préconisant l’arrêt de tous les chantiers et la réelle fermeture des magasins.
  • De respecter l’obligation du confinement «Restez chez vous», pour lutter contre la propagation du Covid-19. Cette mesure s’applique à tout le monde ! 

Enfin, ce qu’il parait opportun de rappeler, en cas de transmission involontaire du virus Covid-19, bien qu’aucune affaire de ce genre ne soit encore arrivée aux tribunaux, plusieurs juristes considèrent «qu’il n’y a aucune raison, ni de droit ni de fait, pour que l’auteur d’une contamination consciente et volontaire échappe à sa responsabilité pénale». Ce choix juridique de la gestion du Covid-19 produirait un changement radical dans le traitement politique et juridique de l’épidémie. 

Aymeric Foissey, Président du SNEC, les Vice-Présidents et Membres du Bureau, les Administrateurs tiennent tout particulièrement à remercier l’Officiel des Cuisinistes d’avoir ouvert ses colonnes au SNEC, notre Organisation Professionnelle au service des Professionnels pour cette prise de Position, tout comme ils remercient très chaleureusement chaque Avocat SNEC et leur Cabinet, d’avoir pris le temps de répondre à l’initiative et aux questions de Julien SOL, son Rédacteur en Chef. 

Signé Christian Sarrot, Secrétaire Général du SNEC.