David Soares, full stack designer au sein de l’agence Sushi Communication, spécialisée dans l’accompagnement des cuisinistes, nous livre une analyse précise d’un enjeu encore trop souvent sous-estimé dans le secteur : comment communiquer efficacement pour attirer de nouveaux contacts en magasin ? Véritable levier de développement, les outils de communication peuvent devenir de précieux accélérateurs de business. À condition, toutefois, de les utiliser de manière cohérente, réfléchie et complémentaire.
- Le site Internet ? Un véritable outil commercial.
- Hiérarchiser l’information et aller à l’essentiel.
- L’IA ne remplacera pas la communication digitale des cuisinistes.
L’Officiel des Cuisinistes - Aujourd’hui, le site Internet d’un cuisiniste est-il encore une simple vitrine ou doit-il être pensé comme un véritable outil commercial ?
David Soares [1.1] - Cela fait maintenant 12 ans que je travaille pour Sushi Communication, une agence créée en 2003. Au cours de ces années, j’ai eu l’occasion de concevoir et réaliser plus d’une vingtaine de sites Internet pour des cuisinistes, ce qui m’a permis de suivre de près l’évolution du digital, mais aussi celle des attentes des professionnels et de leurs clients.
Internet est devenu la première étape du parcours d’achat donc si les consommateurs ne vous trouvent pas en ligne, ils achèteront ailleurs. C’est pourquoi, aujourd’hui, le site Internet d’un cuisiniste ne peut plus être considéré comme une simple vitrine. Il doit être pensé comme un véritable outil commercial, capable d’accompagner le client depuis sa recherche d’inspiration jusqu’à la prise de contact.
Le particulier qui cherche une nouvelle cuisine va très souvent commencer son parcours sur Internet. Le site web doit, quant à lui, donner envie, présenter le savoir-faire du cuisiniste, ses réalisations, ses marques et ses services, mais surtout l’inciter à passer à l’action : demander un devis, prendre rendez-vous ou se rendre en magasin.
Il faut finalement considérer le site Internet comme un commercial disponible 24 heures sur 24. Son rôle n’est pas seulement d’être beau ou de présenter l’entreprise : il doit rassurer, convaincre et surtout générer des contacts.
O.C. - Quels sont les éléments techniques et fonctionnels qui peuvent faire la différence entre un site qui génère des contacts et un site qui se contente de présenter des réalisations ?
D.S. - La différence se joue souvent sur la manière dont le site Internet a été pensé dès le départ. Un site peut être très beau, présenter de magnifiques cuisines et pourtant générer très peu de contacts s’il n’accompagne pas suffisamment le visiteur.
Il faut d’abord une navigation simple et intuitive, un site web rapide, parfaitement adapté au mobile et avec des informations immédiatement accessibles. L’internaute doit comprendre en quelques secondes qui est le cuisiniste, ce qu’il propose et surtout comment le contacter.
Le design doit rester
assez sobre pour laisser
les cuisines occuper
le premier plan
Ensuite, il faut intégrer de véritables points de conversion tout au long du parcours : prise de rendez-vous, demande de devis, formulaire de contact simple, appel téléphonique ou encore itinéraire vers le magasin. Ces actions doivent être visibles au bon moment, sans pour autant devenir envahissantes.
Il y a également tout le travail moins visible : les performances techniques, le référencement naturel, la qualité du code, l’ergonomie [1.2] et la mesure des comportements des visiteurs. Il est important de savoir quelles pages sont consultées, d’où viennent les internautes et à quel moment ils prennent contact ou, au contraire, quittent le site. Un site efficace ne doit donc pas simplement montrer des réalisations : il doit être conçu comme un parcours qui transforme progressivement un utilisateur intéressé en prospect pour le magasin.
O.C. - Dans l’univers de la cuisine équipée, où l’image et l’inspiration jouent un rôle important dans la décision d’achat, quelles sont les clés d’un design de site réussi ?
D.S. - Dans le domaine de la cuisine équipée, l’image est évidemment essentielle, parce qu’on vend autant un produit qu’un univers, un style et une projection. Le client doit pouvoir s’imaginer dans sa future cuisine [1.3].
Pour moi, la première clé est donc de privilégier de grands visuels de qualité, avec de vraies réalisations, tout en évitant de surcharger le site. Le design doit rester assez sobre pour laisser les cuisines occuper le premier plan.
Il faut également travailler la hiérarchie de l’information. Une belle image attire l’attention, mais elle doit ensuite guider naturellement vers une information, une réalisation, un produit ou, idéalement, une prise de contact. Le design, donc, n’est pas uniquement esthétique : il doit accompagner le parcours de l’utilisateur.
Il faut aussi penser au mobile, car une grande partie des utilisateurs consulte aujourd’hui les sites Internet depuis un smartphone : les images doivent donc être belles mais également optimisées pour ne pas ralentir le chargement.
Finalement, un design réussi est celui que l’on remarque presque sans s’en rendre compte : il valorise le produit, donne envie et facilite la navigation, sans jamais prendre le dessus sur le contenu.
O.C. - Quelles sont les principales erreurs que les cuisinistes doivent éviter, en termes de communication ?
D.S. - La première erreur, c’est probablement de vouloir tout montrer immédiatement : trop de textes, trop d’animations, des pop-ups dès l’arrivée ou plusieurs messages commerciaux en même temps peuvent rapidement perdre le visiteur. Je rebondis : il faut savoir hiérarchiser l’information et aller à l’essentiel.
Il faut savoir
hiérarchiser l’information
et aller à l’essentiel
La deuxième erreur est de négliger l’expérience sur smartphone [1.4]. Un bouton trop petit, un texte difficile à lire, une navigation compliquée ou un formulaire trop long peuvent suffire à faire partir un utilisateur.
Il y a également la vitesse de chargement. Dans notre secteur, nous utilisons beaucoup de photographies en haute définition pour valoriser les cuisines, mais si elles ne sont pas correctement optimisées et que le site Internet met plusieurs secondes à s’afficher, on perd une partie du public.
Enfin, une erreur assez fréquente consiste à rendre difficile l’accès aux informations essentielles : où se trouve le magasin, comment le contacter et comment prendre rendez-vous ? Il faut toujours garder à l’esprit qu’un internaute qui arrive sur le site web d’un cuisiniste ne connaît pas forcément l’entreprise. En quelques secondes, il doit comprendre qui vous êtes, ce que vous proposez, où vous êtes et pourquoi il peut vous faire confiance.
O.C. - Quelles sont les bonnes pratiques SEO pour un cuisiniste ?
D.S. - Pour un cuisiniste, le référencement local est fondamental, parce que son marché est avant tout géographique. L’objectif est d’être visible lorsqu’un particulier recherche un cuisiniste ou un magasin de cuisines à proximité de chez lui.
Il faut bien sûr travailler sa fiche Google Business Profile, les avis clients et maintenir des informations cohérentes et à jour : nom du magasin, adresse, téléphone, horaires, site Internet…
Mais le site web lui-même doit également être pensé pour ce référencement local. Il faut proposer des contenus qui correspondent réellement aux recherches des internautes et associer naturellement son activité à sa zone géographique [1.5] : par exemple, "cuisiniste à Nantes", "magasin de cuisines à Lille" ou encore "conception de cuisine sur mesure" dans une ville ou un secteur donné.
Les réalisations clients peuvent d’ailleurs devenir d’excellents contenus pour le référencement. Plutôt que de publier simplement quelques photographies d’une cuisine [1.6], on peut raconter le projet : les contraintes de la pièce, l’implantation choisie, les matériaux, les équipements, les solutions apportées et éventuellement la localisation du projet. On obtient alors un contenu intéressant à la fois pour l’internaute et pour les moteurs de recherche.
Enfin, il faut commencer à regarder au-delà du référencement Google traditionnel. Avec le développement des moteurs de recherche et assistants basés sur l’intelligence artificielle, les habitudes de recherche évoluent. Les contenus doivent donc être de plus en plus clairs, structurés, pertinents et apporter de vraies réponses aux questions des internautes.
Le SEO ne consiste finalement plus simplement à être bien positionné sur quelques mots-clés, mais à faire en sorte que l’entreprise soit facilement trouvée, comprise et identifiée comme pertinente, quel que soit l’outil utilisé pour effectuer la recherche.
O.C. - Comment transformer les réseaux sociaux en véritable source de prospects ?
D.S. - Pour transformer les réseaux sociaux en véritable source de prospects, il faut déjà arrêter de considérer les réseaux sociaux et le site Internet comme deux univers séparés. Ils doivent fonctionner ensemble.
Instagram, Facebook, TikTok ou Pinterest sont particulièrement efficaces dans le secteur de la cuisine pour attirer l’attention, inspirer et donner envie de réaliser son projet d’aménagement intérieur. Le site Internet permet ensuite d’aller plus loin : découvrir le savoir-faire du cuisiniste, comprendre le projet et surtout passer à l’action.
Conserver une qualité
visuelle élevée sans
sacrifier les performances
et l’expérience utilisateur
L’objectif est ensuite de créer des passerelles vers le site Internet, avec une page qui présente la réalisation plus en détail et qui propose naturellement une prise de rendez-vous, une demande de devis ou un contact avec le magasin. Il est également important de mesurer les résultats. Une publication qui obtient 500 likes mais ne génère aucune visite ou prise de contact n’est pas forcément plus intéressante commercialement qu’une publication avec 50 interactions qui génère trois rendez-vous.
Il faut donc aller au-delà des indicateurs de popularité comme les likes, les vues ou le nombre d’abonnés, et essayer de mesurer le parcours complet : réseaux sociaux > site Internet > prise de contact > magasin.
C’est à partir de ce moment-là que les réseaux sociaux ne sont plus simplement un outil de communication, mais deviennent de véritables outils commerciaux pour le cuisiniste.
O.C. - Quel impact peuvent avoir les performances techniques ?
D.S. - Les performances techniques ont énormément d’impact, justement parce qu’elles sont presque invisibles lorsque tout fonctionne correctement.
Un internaute ne va évidemment pas se dire qu’un site possède d’excellents Core Web Vitals. En revanche, il va immédiatement ressentir si une page met trop de temps à s’afficher, si la navigation manque de fluidité ou si le site est désagréable à utiliser. Et ces performances ont également une importance pour le référencement naturel, puisque Google prend en compte différents critères liés à l’expérience utilisateur et à la compatibilité avec les appareils mobiles.
Il faut donc travailler sur plusieurs points : optimiser le poids des images, limiter les scripts inutiles, avoir un hébergement performant, conserver une structure HTML propre et éviter de charger énormément de ressources simplement pour produire quelques effets graphiques.
C’est particulièrement important dans le secteur de la cuisine équipée, où les sites utilisent beaucoup de photographies en haute définition [1.7]. On veut évidemment montrer de belles réalisations, de beaux matériaux et des détails, mais cela ne doit pas se faire au détriment de la rapidité du site. Tout l’enjeu est donc de trouver le bon équilibre : conserver une qualité visuelle élevée sans sacrifier les performances et l’expérience utilisateur.
O.C. - Quelles fonctionnalités ont réellement une valeur ajoutée et lesquelles relèvent davantage de l’effet "waouh" ?
D.S. - Pour moi, une bonne fonctionnalité n’est pas forcément la plus spectaculaire, c’est avant tout celle qui répond à un besoin réel du client et qui facilite son parcours.
La prise de rendez-vous en ligne, par exemple, peut avoir énormément de valeur. Un formulaire de contact simple, une demande de devis bien pensée ou la possibilité d’appeler directement le magasin depuis son smartphone sont des fonctionnalités qui peuvent être extrêmement efficaces.
Un configurateur [1.8] peut également être intéressant s’il permet réellement au client de commencer à réfléchir à son projet, de définir ses envies ou ses besoins avant de venir en magasin. Dans ce cas, la technologie apporte une vraie valeur ajoutée, aussi bien pour le client que pour le cuisiniste.
L’IA peut créer
du contenu,
mais elle ne peut pas créer votre histoire
À l’inverse, certaines fonctionnalités peuvent être très impressionnantes visuellement ou techniquement, mais devenir contre-productives si elles ralentissent le site ou compliquent la navigation. C’est la même chose avec les chatbots et l’intelligence artificielle. Ils peuvent être très utiles s’ils apportent de vraies réponses, orientent correctement l’utilisateur et facilitent la prise de contact.
O.C. - Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, quelles évolutions les cuisinistes doivent-ils anticiper ?
D.S. - L’intelligence artificielle va forcément faire évoluer la manière dont nous concevons les sites Internet et produisons du contenu, mais elle va aussi modifier la façon dont les internautes recherchent et trouvent un cuisiniste.
Aujourd’hui, l’IA peut déjà intervenir à plusieurs niveaux : aide au développement, rédaction et optimisation de contenus, traduction, création ou traitement d’images, analyse des données ou encore assistance aux utilisateurs. Elle permet surtout d’automatiser certaines tâches et de gagner du temps, mais elle ne doit pas remplacer le savoir-faire et l’identité de l’entreprise.
Il y a également une évolution importante à anticiper du côté du référencement. Nous avons longtemps conçu les sites principalement pour être compris et référencés par Google. Demain, ils devront également être facilement interprétés par des moteurs de recherche et des assistants basés sur l’intelligence artificielle. Cela implique d’avoir des sites techniquement propres, avec une structure HTML cohérente, des informations clairement identifiées et des contenus précis : localisation du magasin, services proposés, marques distribuées, réalisations, zones d’intervention, horaires, avis ou encore coordonnées. Plus l’information est claire et structurée, plus elle peut être facilement comprise et exploitée par ces nouveaux outils.
Mais il y a aussi un paradoxe : plus les contenus générés artificiellement vont se multiplier, plus les contenus authentiques vont avoir de la valeur. Pour un cuisiniste, ce sont ses vraies réalisations, son showroom, ses équipes, ses clients et son savoir-faire qui permettent réellement de se différencier.
L’enjeu ne sera donc pas de produire le maximum de contenu avec l’IA, mais de l’utiliser comme un outil pour mieux créer, structurer et diffuser ce qui fait réellement la différence du magasin. À mon sens, l’IA ne va pas remplacer la communication digitale des cuisinistes. Elle va surtout faire évoluer les outils, les méthodes de travail et la manière dont une entreprise devient visible sur Internet.
L’IA peut créer du contenu, mais elle ne peut pas créer votre histoire.
Sarah Jay De Rosa











