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Élodie Coutand – Apprendre et progresser au-delà de sa zone de confort

  Publié le vendredi 20 juin 2025,
par Sarah Jay De Rosa

Lecture 14 minutes

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Il y a cinq ans, Élodie Coutand a pris la direction générale d’ixina. Quel a été son parcours ? Quels sont les défis et les sources de motivation qui ont marqué sa carrière ? Voici un nouvel échange enrichissant autour du sujet portant de notre dossier. Au-delà du genre, la force du travail légitime notre place. Un message fort que l’enseigne, modèle de proximité, s’engage à transmettre à son réseau qui célèbre sa 200e ouverture.

  • La différence de leadership entre hommes et femmes.
  • La curiosité de l’humain et du travail.
  • Équilibre pro et perso dans la vie d’une dirigeante.

L’Officiel des Cuisinistes - Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel et nous expliquer pourquoi vous avez choisi cette profession ?
Élodie Coutand [1.1] - J’ai fréquenté une école de commerce et, ensuite, j’ai commencé par travailler sur le terrain, avec la conviction qu’il fallait démarrer au plus vite dans la réalité client. Au début, j’ai travaillé pendant six ans dans le domaine agroalimentaire, dans une entreprise qui s’appelle Unilever, plutôt connue dans le milieu de la grande consommation. J’étais cheffe de secteur, un rôle qui garantit que le produit d’une entreprise soit bien mis en avant.

Plus tard, j’ai travaillé pour la marque de surgelés Iglo en tant que négociatrice avec les centrales d’achat. À un moment donné, j’ai eu envie d’aller vers des relations de travail qui sont un peu différentes, parce que je trouvais que l’équilibre fournisseur/distributeur que je vivais à l’époque ne m’épanouissait plus. J’avais envie de trouver d’autres choses et c’est pour cette raison que, il y a un peu plus de quinze ans, je suis rentrée dans le monde de la franchise. Je suis restée huit ans dans le domaine de l’optique, côté animation du réseau. Ensuite, je suis devenue responsable de projet.

Il faut savoir s’imposer
par la force de son travail

Désormais, ça fait cinq ans que je travaille dans la franchise de la cuisine équipée : je suis entrée chez ixina [1.2] directement en tant que DG. En revanche , juste avant, j’ai été Responsable réseau et développement chez Planet Sushi. Chez Afflelou, j’ai également été responsable réseau.

Mon gout personnel pour le challenge et pour le risque m’a permis de m’orienter vers des métiers différents, avec l’enthousiasme de se remettre en cause et d’explorer d’autres chemins.

O.C. - Quels sont les points en commun entre le secteur de la cuisine équipée et les autres secteurs professionnels dans lesquels vous avez travaillé ?
E.C. - Le vrai fil rouge de ma carrière, depuis vingt-cinq ans que je travaille, c’est le commerce. Depuis quinze ans, je m’occupe de franchise avec l’idée de faire grandir une marque et d’accompagner des entrepreneurs. Quelle est notre histoire client ? Comment le réseau arrive-t-il à transmettre les messages de notre marque aux clients ? Ce sont des questions importantes à se poser quand on dirige une enseigne qui, pour marcher en équilibre, a besoin idéalement de deux jambes : la marque et les franchisés  [1.3].

En plus, ce qui me motive beaucoup c’est la volonté d’emmener des hommes et des femmes dans un projet collectif et collaboratif. Federer, travailler ensemble autour d’un projet m’a toujours passionnée.

O.C. - Avez-vous constaté des changements dans la perception des femmes dans des rôles de leadership au cours de votre carrière ? Si oui, comment ces changements ont-ils affecté votre expérience professionnelle ?
E.C. - Pour être tout à fait honnête, la différence de leadership entre hommes et femmes, c’est une question que je ne me suis pas souvent posée dans ma vie. Dans mon parcours, j’ai croisé autant de femmes que d’hommes inspirants. J’ai toujours vu des femmes aux postes de direction. Mon propre cadre familial a été révélateur, car c’était ma mère qui travaillait plus et mon père passait beaucoup de temps avec nous.

J’ai en tous cas constaté que le fait que les femmes prennent des postes importants, peut entrainer un effet "surprise" chez certaines personnes. Quand j’ai dû recruter pour ixina, je me suis posée des questions qui pour moi, auparavant, n’étaient pas un sujet. Mais, comme je ressentais que c’était un sujet pour d’autres personnes, je me suis questionnée sur le besoin de recruter des hommes en dessous de moi pour équilibrer l’ambiance managériale. Au final, le fait d’avoir une mixité en entreprise est toujours très enrichissant, mais je pense aussi qu’il faut choisir ses équipes selon leurs compétences et savoir être avant tout.

Pour répondre finalement à votre question, je pense qu’il y a de plus en plus de femmes à des postes de direction et que la légitimité des femmes à ces postes se pose de moins en moins. Et ça, c’est le vrai sujet. Je trouve qu’il y a quelques années, on parlait plus de légitimité : les femmes devaient faire beaucoup plus, lorsqu’elles occupaient des postes importants dans une entreprise. C’est indéniable que beaucoup d’évolutions ont marqué notre société. Il y a vingt ans, on entendait parler de grossesse et travail, de l’émotivité des femmes. Aujourd’hui, on entend beaucoup moins parler de ces sujets.

O.C. - Avez-vous rencontré des défis spécifiques en tant que femme dans un domaine qui est traditionnellement masculin ? Si oui, comment les avez-vous surmontés ?
E.C. - Je suis quelqu’un avec une capacité d’adaptation très forte et étant un peu caméléon, je me suis retrouvée dans un monde d’hommes en m’adaptant naturellement à ces codes-là. Toujours en restant qui j’étais, bien entendu.

Je pense que, dans un milieu traditionnellement masculin, il fallait trouver sa place. Personnellement, cela s’est fait assez naturellement. Est-ce que c’est lié au fait d’être une femme ou d’avoir été éduquée comme ça ? Je ne sais pas. Peut-être au début de ma carrière ça a été un peu plus dur, mais j’ai eu confiance en mes capacités de travail et je me suis sentie à ma place.

Il faut savoir s’imposer par la force de son travail. Le fait d’être jugée parce qu’on est une femme, n’est pas un sujet. Le vrai sujet c’est le travail. Il faut montrer qu’on a une valeur ajoutée.

O.C. - Avez-vous eu des mentors ou des modèles qui vous ont soutenue dans votre carrière ? Quel rôle ont-ils joué dans votre développement professionnel ?
E.C. - Dans mon expérience personnelle, j’ai plutôt suivi des gens passionnants et inspirants que des métiers. Et quand, après avoir suivi ces personnes, je me suis retrouvée à découvrir un poste, même si je n’avais pas, au début, la complète maitrise de ce poste, j’étais très fière d’avoir fait ce choix et d’avoir mis au centre de ma carrière, encore une fois, l’humain.

Par exemple, quand j’ai quitté Unilever pour aller chez Iglo, c’était un directeur marketing qui m’a inspirée ; sa passion et son engagement m’ont convaincue à le suivre.

Je peux dire avoir eu plusieurs mentors et que le fait de travailler avec des personnes qui m’inspirent, c’est crucial pour moi. Chez Unilever, j’ai eu des managers qui mon beaucoup appris et qui m’ont donné les moyens de réussir dans mon métier, car quand on sort de l’école, on n’est pas encore opérationnel.  

Une personne très inspirante a été pour moi le directeur général des opérations du Groupe FBD, que j’ai en effet suivi. Je fais, en tous cas, attention aux termes "mentors" ou "modèles", parce qu’il faut toujours rester soi-même. Certainement, il y a de personnes qu’on rencontre qui nous aident à revoir certaines croyances limitantes et à travailler sur la confiance en nous.

Et bien sûr, parmi mes modèles, je mentionne mes parents aussi. J’estime qu’aujourd’hui, je ne serais pas là s’ils ne m’avaient pas inculqué toutes les valeurs de travail, confiance et fierté, indispensables pour réussir.

O.C. - Selon vous, quels atouts une femme peut-elle apporter à des postes de direction dans le secteur de la cuisine équipée ?
E.C. - J’ai du mal à juger des savoir-être par rapport au genre. Il y a des hommes qui associent plus de sensibilité aux femmes, mais parfois il y a des hommes avec une sensibilité plus forte encore. Je préfère parler plutôt des atouts d’un dirigeant : le savoir rester curieux des gens et du travail, le fait de savoir bien s’entourer et d’avoir le courage de rester soi-même.

Dans mes atouts, je pense avoir un leadership assez naturel, avec une énergie très forte. J’aime sûrement cultiver la proximité avec les gens, même s’il n’est pas toujours évident d’être aperçue comme ça, en tant que DG ; il reste toujours un petit filtre, par rapport au rôle qu’on joue au sein d’une entreprise.

Le fait d’être une femme, cela peut être un atout, mais cela dépend de la cible à laquelle on s’adresse. Je rencontre souvent nos adhérents ixina et, parmi eux, il y a eu des femmes conceptrices-vendeuses qui m’ont dit être fières d’avoir une directrice générale et d’être représentées par moi. Une chose très touchante pour moi et qui me motive toujours plus dans mon travail.

O.C. - Quels sont les avantages et les inconvénients d’être une femme cuisiniste ?
E.C. - Je ne pense pas que les difficultés du métier de cuisiniste soient liées au fait d’être une femme ou un homme. Il y a des hommes cuisinistes qui font face à des défis dans leur métier comme les femmes. Je ne dirais pas qu’il y a des inconvénients ou des forces communes au sexe féminin.

Je suis fermement convaincue que la réussite dépend de la personnalité, des compétences, de la sensibilité et du profil de chacun, mais pas de son genre.

O.C. - Y a-t-il beaucoup de femmes dans le réseau de magasins ixina ? Sont-elles bien représentées au sein du réseau ?
E.C. - Chez ixina, les femmes sont très représentées dans les postes de concepteur-vendeur : je dirais, par rapport à ça, que nous sommes sur un pourcentage de 50% / 50%. En revanche, sur la partie "franchisés", donc chefs d’entreprise, le pourcentage est plutôt faible. Je pense qu’on a seulement entre 7 et 8 % de femmes franchisées.

Est-ce que les femmes se lancent moins en entreprise ? Je ne sais pas. Quand on rencontre des profils candidat femmes, on les regarde avec attention, car c’est plus rare et très intéressant. Je rebondis sur la question que la mixité dans les équipes est une valeur ajoutée pour le bien-être et l’équilibre d’une entreprise.  

O.C. - Comment envisagez-vous l’avenir d’ixina ? En quoi votre expérience et votre sensibilité pour le business constituent-elles un atout pour l’entreprise ?
E.C. - Sur l’avenir d’ixina, nous n’avons aucun doute. Notre enseigne cultive beaucoup d’ambitions pour son développement sur le territoire national. Notre objectif reste d’être une marque de proximité reconnue par les français. Preuve en est que nous sommes en train d’évaluer des dossiers d’ouvertures et de reprises.

Notre cœur de métier reste la cuisine équipée, mais pas que. L’ambition d’ixina, aujourd’hui, est d’élargir son offre pour l’aménagement global de la maison.

Fédérer, travailler ensemble autour 
d’un projet, m’a toujours passionnée

Avec les équipes de direction, nous avons écrit le plan de développement 2027 et nous écrirons celui de 2030. C’est important de comprendre où on va et comment on y va, par rapport aux objectifs et aux moyens pour les atteindre.

Je suis très confiante dans l’avenir d’ixina, parce que nous avons des franchisés qui nous suivent et qui, lors d’une enquête de satisfaction, nous ont adressé de très bonnes notes. L’avenir, c’est observer notre parcours et nos leviers de croissance, en s’appuyant sur nos forces, sur notre réseau et sur les résultats [1.4 : Élodie Coutand et Alexandra Guenoun, Responsable Communication & Marketing ixina France].

O.C. - Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui envisagent une carrière dans des postes de direction ?

E.C. - Avoir confiance en soi, savoir bien s’entourer mais, surtout, se donner des moyens. Quand on parle de postes de direction, il faut se donner des moyens pour y accéder, c’est-à-dire travailler, avoir un grand goût de l’effort. En outre, comme nous ne pouvons pas tout connaître, c’est là qu’il faut bien s’entourer et avoir la collaboration de personnes spécialisées dans leur métier.

Bien évidemment, le gout de l’effort et du travail nécessite des sacrifices : s’il y a beaucoup de travail, cela peut arriver de ne pas pouvoir être avec ses amis et sa famille. En tous cas, les choix qu’on fait doivent être bien équilibrées. J’ai toujours eu cet équilibre pro et perso. J’avoue que, il y a cinq ans, avant d’accepter ce poste, j’ai mûrement réfléchi et décidé avec le soutien de mon conjoint : quand on prend des postes de direction, il faut prévoir des déplacements et le fait de s’organiser avec ses enfants et avec son conjoint, c’est très important.  

Il faut aussi accepter des challenges : on ne peut pas progresser, si on ne se met pas en difficulté. Il faut sortir de sa zone de confort et foncer, parce que derrière la peur de l’inconnu, il peut y avoir la réussite.

Sarah Jay De Rosa